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Août 23

Dans la Métropole de Rouen, le gel des contrats aidés inquiète

L’annonce de la diminution des contrats aidés suscite l’émoi et l’inquiétude des élus locaux et du milieu associatif. À la mairie de Rouen, pas impactée directement, on n’en pense pas moins…

 

 Celle-là, les maires et les associations ne l’avaient pas vue venir. Mercredi 9 août, au dernier jour de la session parlementaire, la ministre du Travail confirmait l’imminence d’une coupe claire dans le dispositif gouvernemental des emplois aidés : « trop coûteux » et « pas efficaces

dans la lutte contre le chômage » selon Muriel Pénicaud, ils ne seront plus que 110 000 financés pour les six derniers mois de l’année. Moins 40 % par rapport au premier semestre, moitié moins que sur la même période l’an dernier – soit un total de 293 000 contrats programmés en 2017 contre 459 000 en 2016. De quoi gâcher les vacances des élus locaux, déjà inquiets des conséquences de la suppression de la réserve parlementaire votée le jour même.

Alors ils écrivent. À la ministre du Travail, dès le 8 août, l’Association des maires de France (AMF) adressait un courrier relayant l’appréhension de la rentrée pour les communes dans l’impossibilité de renouveler ou de signer de nouveaux CAE (contrat d’accompagnement dans l’emploi) et CUI (contrat unique d’insertion). « Cela pose des difficultés inextricables au niveau local, car les besoins en personnel sont avérés, les organisations des services publics (restauration, activités périscolaires…) sont validées et pour autant les collectivités ne sont pas en mesure de transformer budgétairement, dans des délais aussi courts, ces contrats aidés en CDD », argumente l’AMF.

« On ne comprend pas le discours »

À la mairie de Rouen, on compte bien aussi s’émouvoir auprès de la ministre de cette mesure qu’Olivier Mouret voit d’abord comme « une mauvaise nouvelle pour l’emploi ». « Parce que nous avons, parmi nos employés, beaucoup de personnels issus des contrats aidés de toute époque depuis vingt ans », indique l’adjoint en charge des personnels et des emplois municipaux. La Ville, qui édite 2 800 feuilles de paie, tous postes confondus, reçoit 4 000 demandes d’emploi par an. « Avec les fins des CAE et des CUI, on ne touchera plus une partie de la population et notamment celle des quartiers prioritaires, éloignée de l’emploi. » Et au vu des résultats obtenus en termes de débouchés, « on ne comprend pas le discours de la ministre selon lequel ces dispositifs ne créent pas d’emplois, poursuit Olivier Mouret. De 2012 à 2017, la municipalité a recruté 40 contrats aidés, pour moitié dans le domaine culturel, et dont une douzaine sont encore en cours. Tous ceux qui sont allés jusqu’au bout de leur contrat ont trouvé un boulot après, que ce soit à la Ville ou ailleurs. Lorsque les collectivités jouent le jeu, cela permet de se former et d’accéder à un emploi. »

Contrairement aux collectivités où beaucoup de postes de fonctionnaires sont occupés par des contrats subventionnés, Rouen ne subira aucun impact direct de la mesure de réduction. « Par contre, là où l’on va avoir un sujet, c’est sur les associations, reprend l’élu. Elles sont 1 600 à avoir leur siège sur la ville, qui en subventionne 450. Celles-ci, avec la fin des emplois aidés décidés de façon plus qu’autoritaire, vont se retrouver en difficulté et demander des subventions aux collectivités territoriales, elles-mêmes confrontées à une cure d’amaigrissement absolue… »

Hier justement, le député Nouvelle Gauche de la 5e circonscription de Seine-Maritime, Christophe Bouillon, a, à son tour, pris la plume pour écrire au Premier ministre Édouard Philippe. Outre « le flou qui domine » dans le secteur scolaire et périscolaire, l’ancien maire PS de Canteleu dénonce « un très mauvais coup porté au secteur associatif » : « Les associations, qui œuvrent pour l’essentiel dans le champ sportif, culturel, solidaire et socio-éducatif, vont devoir renoncer à leurs projets qui, sur nos territoires, sont au service de l’intérêt général. Certaines seront contraintes de cesser leur activité. »

walid tiarci, emploi-aidé contrat d’avenir-en charge des Opti R1

Le Club de voile de Saint-Aubin–Elbeuf (CVSAE) n’en est pas là, mais son irrésistible ascension dans l’élite de la discipline a valeur d’exemple, et les contrats aidés n’y sont pas pour rien.

« Au début des années 2000, ils ont été une manne, témoigne Pierre Couronné, chargé des relations externes du Cvsae et ancien journaliste sportif  local.. Trois clubs sportifs d’Elbeuf y ont eu recours : le tennis de table, la gym, et nous. À l’époque, ils évoluaient tous au niveau régional. Aujourd’hui, ils sont au niveau national. » Le CVSAE s’est hissé, lui, de la 130e à la 2e place du championnat de France et alignera, en septembre, un équipage en demi-finale de la Coupe d’Europe des clubs de voile.

« Emplois jeunes, emplois tremplins, emplois d’avenir… J’ai toujours pensé que c’était une opportunité pour les associations, à condition qu’ils soient adossés à une formation au service d’un projet », considère le président Jean-Paul René, qui a repris la gestion de la base de Bédanne en 2002 avec deux employés. Ils sont aujourd’hui quinze à faire tourner la structure.

« Les bons élèves vont payer pour les mauvais »

jean paul réné

« Les premiers emplois jeunes, c’était à la fois pour développer l’accueil des scolaires, et la formation de coaches pour déployer le projet sportif. » Depuis, le club a formé une à deux personnes par an et plus d’une quinzaine de moniteurs sportifs dont les emplois ont été pérennisés ou qui ont été recrutés ailleurs. « Certains ne savaient pas quoi faire, ça leur donne un cadre, la possibilité d’intégrer une équipe. Cela nous a permis d’embaucher aussi une personne pour gérer l’accueil des publics handicapés. C’est à cela que le dispositif doit servir » Seulement voilà, « tout le monde ne joue pas le jeu, il y a eu des abus, dans les administrations notamment », pointe Jean-Paul René, regrettant l’insuffisance de contrôles. Résultat : « les bons élèves vont payer pour les mauvais ». « Si l’annonce gouvernementale se précise, je vais mettre un gros frein, dit-il à regret, alors que cinq contrats subventionnés sont en cours. On ne pourra pas embaucher en CDI voire en CDD. Cela va poser des problèmes et surtout certaines désillusions pour certaines personnes à qui on avait déjà parlé de bout du tunnel… »

Sandrine GROSJEAN        s.grosjean@presse-normande.com